Policiers et partenaires sociaux : ensemble contre les violences faites aux femmes

Policiers et partenaires sociaux : ensemble contre les violences faites aux femmes
26 janvier 2017

Le mardi 29 novembre 2016, le SICOP est allé à la rencontre de Colette LEFEBVRE, assistante sociale à la retraite.

Ce matin là, dans son ancien bureau, cette femme passionnée, chaleureuse, et pleine d'énergie, nous dévoile le quotidien de ses 18 années passées au commissariat de Mantes-la-Jolie (78).


SICOP : Vous faites partie des premières à avoir intégré un commissariat de Police en tant que travailleur social ?

Oui, j'étais la troisième en France et la première en Île-de-France.

En 1983, le premier poste a été mis en place à Limoges (87) par le commissaire RUDOLPH.

Le commissariat de Maubeuge (59) a vu quant à lui arriver sa première assistante sociale en 1993.

Pour ma part, j'ai pris mes fonctions à Mantes-la-Jolie en 1997, sous le commandement de Monsieur RUDOLPH qui était alors Directeur Départemental des Yvelines (78).

SICOP : Les violences faites aux femmes étaient déjà une problématique récurrente...

Oui. Il faut reconnaître que depuis 1997, de plus en plus de femmes viennent signaler des violences subies, en déposant une plainte ou une main-courante au commissariat.

Il était donc nécessaire de faire un effort sur la capacité d'accueil et d'accompagnement de ces femmes, notamment concernant l'hébergement. Certaines ont parfois dû dormir sur les bancs du commissariat, faute de place.

SICOP : Comment êtes-vous parvenue à vous imposer au sein d'un commissariat de Police ?

Je me suis battue pour faire évoluer ce poste et la présence d'un travailleur social a été étendue aux circonscriptions de Trappes, les Mureaux, Conflans-Sainte-Honorine, Poissy et Sartrouville.

Nous sommes vraiment utiles pour les policiers ; ils nous sollicitent en permanence. Et nous travaillons de concert pour lutter contre les violences faites au femmes.

Je suis partie en retraite au 1er octobre 2015 et mon poste est resté vacant jusqu'à fin février 2016. Durant cette période, il m'est arrivé plus d'une fois de me rendre au commissariat pour prêter assistance aux policiers. Mon engagement pour les femmes est entier.

SICOP : En quoi la présence de travailleurs sociaux au sein des commissariats a-t-elle changé les choses?

Auparavant, les policiers se contentaient de recueillir la plainte des victimes. Ils n'étaient pas suffisamment armés pour la prise en charge de ces cas particuliers. En outre, les structures d'accueil pour les femmes victimes de violences n'étant pas encore aussi développées, ces dernières repartaient souvent sans suivi. Les enquêteurs devaient parfois composer le 115 pour trouver à ces victimes un hébergement d'urgence. Cela empiétait sur leur temps d'investigation et souvent, sans succès.

Aujourd'hui, notre présence permet une meilleure prise en charge de ces femmes et permet aux policiers de gagner un temps précieux dans leurs investigations.

SICOP : Comment définissez-vous votre rôle d'accompagnement et d'intermédiaire entre les policiers et les victimes ?

Nous facilitons les relations entre policiers et victimes, mais nous faisons aussi le lien avec les autres partenaires, comme les juristes, les magistrats, les associations etc...

Par exemple, les juristes permettent d'initier rapidement les démarches, notamment pour l'obtention d'un avocat ou de l'aide juridictionnelle lors d'une comparution immédiate.

L'intérêt pour nous est d'échanger nos informations pour éviter à la victime de multiplier les démarches et les interlocuteurs.

SICOP : Pouvez vous me décrire la relation qui s'instaurait entre les victimes et vous ?

J'ai le sentiment qu'elles se confiaient plus volontiers à une femme. Elles voyaient sans doute en moi l'épouse et la mère de famille qui serait capable de mieux les comprendre. Nos entretiens se déroulaient dans un climat de confiance.

A mon sens, la mixité des référents est essentielle. En effet, il est important que la victime aie le choix entre un interlocuteur masculin ou féminin. C'est d'ailleurs souvent un critère déterminant pour que ces femmes déposent plainte.

Nous sommes un pare-feu pour ces victimes qui arrivent avec la peur au ventre. Nous leur apportons du soutien. Il m'est arrivée d'accompagner des femmes dans le bureau des policiers car elles me disaient avoir peur de l'audition.

SICOP :Quels rapports entretiennent les travailleurs sociaux et les policiers ?

Ce poste de travailleur social est une vocation, tout comme le travail de policier.

Avant d'intégrer mes fonctions, je ne savais pas ce qu'était un poste de police. Et lorsque je suis arrivée au commissariat de Mantes-la-Jolie, durant trois mois, j'ai tourné dans toutes les brigades, afin d'appréhender le milieu dans lequel j'allais évoluer. Il est nécessaire pour le travailleur social d'aller quotidiennement à la rencontre des policiers.

On ne peut pas travailler l'un sans l'autre, il est difficile d'avancer seul dans son coin. Notre objectif commun est le dépôt de plainte de la victime. Elle doit être le dénouement ; d'où l'utilité d'avoir un travailleur social dans un commissariat qui apporte un soutien supplémentaire aux femmes pour les inciter à dénoncer les violences dont elles sont victimes.

La législation en vigueur m'a contrainte à partir en retraite. Il est bien évident que si j'avais pu, je serais restée.

Vous avez remarqué tout à l'heure l'accueil chaleureux de mes anciens collègues et policiers ?


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