Retour sur un siècle de police technique et scientifique

Retour sur un siècle de police technique et scientifique
29 juillet 2020

Les enquêtes judiciaires exigent des connaissances scientifiques de plus en plus précises. Initiée au début du XXème siècle, elle a connu une profonde évolution en 1985, la police technique et scientifique occupe une place prépondérante pour la recherche de la vérité. Les progrès de la science permettent de livrer de plus en plus d'informations utiles et d'apporter des preuves complémentaires aux autres indices recueillis, contribuant ainsi à comprendre les faits


« Nul ne peut agir avec l'intensité que suppose l'action criminelle sans laisser des marques multiples de son passage »

Edmond Locard (1877-1966)

Les analyses scientifiques pénètrent progressivement les enquêtes à partir d'avis d'experts privés, mandatés par des magistrats. En 1856, le médecin français, Louis François Etienne Bergeret (1814-1893), réussit à dater la mort d'un individu à partir de l'analyse des larves qui se nichent dans le cadavre (cette science s'institutionnalisera sous le nom de l'entomologie).

En partant du principe qu'à vingt ans les os sont stabilisés, Alphonse Bertillon (1853-1914), agent à la Préfecture de Police de Paris, imagine un système d'identification des individus fondé sur leur caractéristiques osseuses (identité anthropométrique). Cette méthode, surnommée « le Bertillonnage » va rapidement être adoptée par plusieurs polices étrangères. Bertillon décide d'intégrer à son système de classement les découvertes de Francis Galton sur le relevé d'empreintes digitales. A partir de cette technique, il parvient en 1902, pour la première fois à identifier un criminel, Henri-Léon Scheffer, accusé de cambriolage et d'assassinat.

Les travaux d'Alphonse Bertillon sont complétés par le français Edmond Locard (1877-1966), professeur de médecine et passionné par la criminologie scientifique. En 1910 il fonde à Lyon le premier laboratoire de police scientifique au monde. Bien que de taille modeste et aux moyens rudimentaires, les innovations se multiplient et marquent une profonde transformation des techniques de travail de la police. Locard développe l'analyse et l'interprétation de la preuve dactyloscopique, mais également l'expertise des armes, des impacts ainsi que des taches de sang.

A la même période, d'autres scientifiques vont mettre leurs recherches au service de la science judiciaire. Sir Bernard Spilsbury (1877-1947), expert en médecine légale, conçoit en 1924, avec Scotland Yard, le murder bag, outil nécessaire à la collecte et à la préservation des preuves.

William James Herschel (1833-1917), officier britannique, est le premier à suggérer que les empreintes digitales sont propres à chaque individu et qu'elles demeurent identiques tout au long de la vie. Cette théorie sera appuyée par Henry Faulds (1843-1930), physicien écossais, qui émet l'idée que les empreintes digitales peuvent servir à l'identification des personnes et notamment des criminels.

Sir Francis Galton (1822-1911), s'intéresse aux caractéristiques héréditaires du corps humain. En reprenant les travaux de Faulds, il conçoit l'une des premières méthodes de classification des empreintes digitales. Il est le premier à définir les points caractéristiques des empreintes en utilisant le terme de « minuties ». En 1892, la police argentine réalisera la première identification de l'histoire judiciaire à partir de cette nouvelle technique en identifiant Francisca Rojas comme l'auteur d'un infanticide.

1984, vers le meilleur des mondes ?

En 1984, lors d'une expérience presque hasardeuse visant à comprendre les différences entre les échantillons d'ADN, Sir Alec Jeffreys constate que les profils génétiques ne sont pas identiques. Selon ce dernier, les individus pourraient être identifiés avec un haut niveau de certitude à partir de leur ADN. Cette technique est utilisée pour la première fois en 1986. Jeffreys apporte la preuve qui permet d’innocenter Richard BUCKLAND, qui s’était accusé à tort du viol et de l'assassinat d'une adolescente.

Ces travaux seront approfondis par le scientifique américain Kary Mullis qui découvre en 1985 une technique d'amplification de l'ADN. Cette dernière permet, en théorie, de travailler sur une seule cellule ainsi que sur des échantillons vieux et dégradés.

Des évolutions récentes

L'odorologie, ou la science des odeurs, s'est développée dans les années 1970 en Hongrie et a progressivement été importée en France à partir de septembre 2000. Sachant que chaque individu a une signature olfactive spécifique et identique tout au long de sa vie, cette technique permet de comparer des traces odorantes prélevées sur les scènes d'infraction avec les odeurs corporelles de mis en cause ou de victimes.

A la même période, Normann Gunn (1924-2015), médecin podiatre, adapte sa discipline aux sciences judiciaires. L'examen de la locomotion humaine et l'identification des particularités biomécaniques n'en sont qu'à leurs balbutiements. Des recherches restent nécessaires avant une utilisation avec fiabilité devant un tribunal.

Quelles évolutions pour la PTS de demain ?

Les derniers progrès et innovations de la PTS portent sur le numérique et modifient profondément le travail des experts. Dans le futur, il sera possible de scanner entièrement une scène de crime, permettant de faciliter les reconstitutions et de révéler tous les éléments susceptibles d'intéresser l'enquête.

Les avancées scientifiques, la modernisation des structures de police scientifique ont ainsi provoqué le passage d'une culture de l'aveu à une culture de la preuve scientifique.