Jean-François Briand, ancien kayakiste de haut niveau et policier

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  • Publié le 03/05/2024
  • Mis à jour le 08/05/2024
police nationale

Jean-François Briand, 59 ans, est commandant de police et chef du pôle sport de haut niveau de la mission sport. Auparavant, il a mené une carrière de haut niveau en kayak sprint et a notamment participé aux Jeux olympiques de Barcelone en 1992.

Comment avez-vous découvert le kayak ?

C’est à 12 ans que j’ai découvert le canoë-kayak avec mes parents lors de vacances d’été dans les gorges de l’Ardèche. Cette discipline de plein air et en individuel m’a tout de suite plu. Je me suis inscrit au club de kayak d’Angers, où j’ai grandi. C’est dans ce club que j’ai rencontré mon mentor : Pascal Boucherit, champion du monde de kayak sprint en 1985, en 1987 mais également médaillé de bronze aux Jeux de Los Angeles en 1984. M’entraîner auprès de lui a littéralement boosté ma motivation et mon niveau de performance : j’ai voulu suivre ses traces. Il m’a appris des principes fondamentaux tels que l’humilité et la remise en question. 

Quelles ont été les grandes étapes de votre carrière sportive ?

J’ai un parcours assez atypique puisque je n’ai jamais intégré de section sport études. Après avoir obtenu deux BTS, j’ai rejoint la vie active dans le milieu de l’hôtellerie-restauration en tant qu’assistant de direction et contrôleur de gestion. Tous les jours, je m’entraînais avant ou après le travail. C’était difficile de jongler entre les deux mais cela m’a permis de m’autofinancer et vraisemblablement de m’endurcir. Dans les années 90, il existait très peu de dispositifs d’accompagnement pour les sportifs de haut niveau en dehors des métiers du sport, aujourd’hui ils sont beaucoup plus soutenus quels que soient leurs parcours de formation. Comme de nombreux sportifs de l’époque, j’ai effectué mon service militaire au bataillon de Joinville. On s’entraînait 3 fois par jour. C’est là que je me suis rendu compte que j’avais les capacités pour encaisser ce « régime » et évoluer professionnellement en kayak si je m’y consacrais à temps plein. À 24 ans, j’ai été sélectionné pour la première fois aux championnats du monde. J’ai alors réalisé que participer aux Jeux olympiques était à ma portée. La concurrence était féroce mais j’ai eu envie de persévérer.

Qu’évoquent les Jeux olympiques pour vous ?

Mon tout premier souvenir des Jeux olympiques date des Jeux de Munich en 1972 que j’ai suivis à la télévision, chez mes grands-parents. Découvrir des athlètes comme le nageur américain Mark Spitz qui dominait la natation mondiale de l’époque m’a beaucoup marqué. Aux Jeux de Moscou, en 1980, le Français et gardien de la paix Alain Lebas a remporté une médaille d’argent en kayak. Une graine a alors germé dans mon esprit.

Lorsque j’ai participé à mon tour aux Jeux olympiques de Barcelone en kayak sprint en 1992, c’était l’aboutissement d’un engagement sans assurance. J’étais le 3e Français en sélection, j’ai montré à mes proches que j’avais fait les bons choix de carrière. J’ai eu l’opportunité de découvrir les Jeux de l’intérieur, de côtoyer les plus grands, comme la sprinteuse jamaïcaine Merlene Ottey. Ce souvenir reste fort car je l’ai partagé avec mon ami Pascal Boucherit.

Comment s’est déroulée votre intégration et votre carrière dans la police nationale ?

J’ai rejoint la police nationale à l’âge de 28 ans via la convention relative au sport de haut niveau. J’ai passé le concours de gardien de la paix et ai suivi la formation initiale. Je n’ai pas regretté un seul instant ce choix. J’ai pu poursuivre ma carrière de kayakiste tout en découvrant ce métier passionnant fait d’action, de stratégie et de relations humaines fortes. Cet univers s’est avéré me correspondre totalement.

En 1999, j’ai rejoint l’école d’officiers après avoir réussi le concours. J’ai alors mis fin à ma carrière de sportif de haut niveau. J’ai eu l’immense chance de ne pas subir le syndrome « post-carrière » que vivent de nombreux sportifs de haut niveau. Ma reconversion professionnelle s’est très bien déroulée car j’ai découvert un métier passionnant et très stimulant qui m’a permis de rebondir rapidement. J’ai rejoint la direction nationale (ex-DCPJ) à l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCRB) puis de la brigade de recherche et d’intervention nationale (BRI nationale). En 2013, j’ai été sollicité par la fédération sportive de la police nationale et j’ai décidé d’apporter ma contribution à son développement en tant que directeur général aux côtés de sa présidente Brigitte Jullien. Depuis janvier 2023, j’exerce les fonctions de chef du pôle sport de haut niveau de la mission sport.

Quelles sont vos missions actuellement ?

Ce poste est l’aboutissement de ma carrière sportive et professionnelle, en tant qu’ancien kayakiste de haut niveau et policier. Depuis 2022, le dispositif d’accompagnement des sportifs de haut niveau de la police nationale a été étoffé, l’équipe police nationale a été créée. Mon rôle est de les recruter puis de les accompagner d’un point de vue administratif mais également professionnel. Nous organisons au mieux leur environnement pour leur offrir les meilleures conditions possibles d’un point de vue financier et psychologique afin de les aider à performer. Je prends régulièrement de leurs nouvelles, leur apporte des conseils, commence à leur parler des pistes de reconversion, leur propose de participer à des cessions « immersion », c’est-à-dire des stages pour découvrir les différents métiers de la police. Ils m’écoutent car ils savent que j’ai moi-même vécu ce qu’ils vivent et que j’ai conscience que leur vie d’athlète place beaucoup de choses entre parenthèses (avenir professionnel, vie sociale et affective parfois…). C’est un honneur pour moi de travailler à cette mission particulière, d’œuvrer pour un dispositif dorénavant très attractif. Je ressens une grande satisfaction et fierté en les voyant performer et progresser dans leurs disciplines respectives. Je souhaite que leurs succès présents et à venir contribuent à affirmer la place du sport dans la police nationale, ce qui est un objectif majeur de la mission sport.

Quels sont vos pronostics pour l’équipe police nationale ?

De très nombreux membres de l’équipe sont en train de progresser tous azimuts : le décathlonien Makenson Gletty, le rameur Téo Rayet, les nageurs Jules Wallart et Amazigh Yebba, la kayakiste Vanina Paoletti… C’est très plaisant à voir ! Parmi les 66 sportifs de haut niveau de l’équipe, 42 pratiquent une discipline inscrite aux Jeux olympiques ou paralympiques d’été. Je pense que nous avons de bonnes chances que 18 à 26 d’entre eux soient sélectionnés !

Au-delà de la sécurité financière et psychologique que nous leur apportons, ils tirent avantage de la force de ce collectif de policiers sportifs de haut niveau issus de diverses fédérations sportives mais également du soutien de toute une communauté professionnelle. Nos sportifs de haut niveau expriment de plus en plus leur fierté d’appartenir à notre institution et d’être membres de l’équipe police nationale. Ce sont de véritables ambassadeurs de leur discipline, du sport et de ses valeurs, mais aussi de l’institution. 

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