Feux de Gironde : la police nationale engagée

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Sécurisation des itinéraires d’évacuation, facilitation du travail des services de secours, protection des populations... La police nationale est mobilisée en Gironde, département qui fait face à de nombreux incendies.

Le 22 juillet, près de la commune de Saumos, à 33 kilomètres de Bordeaux à vol d’oiseau, un incendie se déclare à la suite de travaux de débroussaillage. Attisées par des conditions météorologiques particulièrement défavorables (chaleur extrême, sécheresse, absence de pluie et vents changeants), les flammes progressent rapidement vers le nord, jusqu’aux abords du bassin d’Arcachon. En quelques jours, le sinistre rappelle le traumatisme des incendies de Gironde de 2022 et mobilise des moyens de secours exceptionnels.

Trois jours seulement après le départ de feu, près de 12 000 hectares ont déjà été parcourus par les flammes. Deux jours plus tard, 42 000 hectares ont été ravagés. Les communes de Lège-Cap-Ferret, Arès, Andernos-les-Bains, Le Porge, mais aussi plusieurs campings particulièrement fréquentés en pleine saison touristique, sont concernés par ces mesures de protection. Dans la nuit du samedi 25 au dimanche 26 juillet, l'évacuation de cinq nouvelles communes est ordonnée : Marcheprime, Cestas, Mios, Biganos et le Barp. Au total, près de 220 000 personnes sont évacuées à titre préventif, faisant de cette opération l’une des plus importantes évacuations de population réalisées en France en temps de paix.

Le combat contre les flammes est particulièrement éprouvant : plus de 84 sapeurs-pompiers sont blessés au cours des opérations. Face à l’ampleur de la catastrophe et alors que le feu se rapproche dangereusement de l’agglomération bordelaise, policiers et gendarmes sont engagés en appui des sapeurs-pompiers.

Dans la nuit du vendredi 24 au samedi 25 juillet, la direction interdépartementale de la police nationale de la Gironde rappelle, sur la base du volontariat, des policiers en repos ou en week-end afin de renforcer les effectifs déjà mobilisés sur le terrain. Des policiers actifs et réservistes issus de nombreux services et directions sont mobilisés : sécurité publique, CRS, police judiciaire, état-major…

Leur première mission consiste à participer, aux côtés des gendarmes, à l’évacuation des habitants des secteurs menacés. Les policiers accompagnent les familles contraintes de quitter leur domicile dans l’urgence, sécurisent les itinéraires d’évacuation et facilitent le travail des services de secours.

Une fois les habitants mis en sécurité, une seconde mission débute : protéger leurs habitations et leurs biens. Dans les quartiers et communes évacués, des patrouilles sont déployées jour et nuit afin de prévenir les cambriolages et d’empêcher toute intrusion dans les secteurs interdits d’accès. Ils renforcent notamment les militaires de l'opération Sentinelle chargés de la protection des commerces, entreprises et pavillons abandonnés, qui ne sont pas habilités à contrôler voire à interpeller des individus.

Cette présence dissuasive permet de procéder à plusieurs interpellations. Le 25 juillet, les policiers interpellent ainsi un homme à Eysines. Contrôlé dans une zone interdite, il est découvert en possession de 44 bouteilles de grands crus. Il est soupçonné d’avoir commis un vol par effraction dans une habitation laissée vide en raison de l’évacuation de ses occupants et est placé en garde à vue. À Saint-Médard-en-Jalles, une femme, déjà connue des services de police, est également interpellée dans cette ville fantôme avec un sac contenant des bijoux, des appareils d’outillage et des objets de décoration, dont elle est incapable de justifier la provenance.

Dans cette même commune, qui abrite plusieurs sites stratégiques de la base industrielle et technologique de défense, les CRS assurent également la protection des implantations de Thales, ArianeGroup, Airbus et Dassault Aviation, afin de prévenir toute intrusion malveillante.

Si les zones restent interdites au public, certaines situations nécessitent néanmoins un retour ponctuel des habitants. Des convois sécurisés sont alors organisés sous escorte de motocyclistes CRS. Les policiers accompagnent notamment des personnes âgées ou souffrant de pathologies ayant oublié leurs ordonnances ou leurs traitements lors de leur départ précipité. D’autres bénéficient d’un accès temporaire afin de nourrir leurs animaux restés sur place. Ces escortes, réalisées dans des conditions strictement encadrées, permettent de concilier les impératifs de sécurité et les besoins essentiels de la population.

Sur le bassin d’Arcachon, la sécurisation se poursuit également par voie maritime. Les sections des moyens spécialisés des CRS endossent pleinement leur double mission : policiers et secouristes. Tout en restant prêts à porter assistance aux personnes en difficulté, ils assurent la surveillance du plan d’eau afin d’empêcher toute embarcation de venir accoster pour commettre des cambriolages dans les secteurs évacués. Ils veillent également au respect de l’arrêté préfectoral interdisant toute approche à moins de 500 mètres du rivage. En coordination avec les maîtres nageurs sauveteurs, ils repèrent depuis le bassin la moindre intrusion sur le littoral et transmettent immédiatement les informations aux effectifs déployés à terre.

Au-delà des missions de protection des personnes, la police nationale se tient à disposition des services de secours pour mettre à disposition certains de ses moyens spécialisés au service de la lutte contre l’incendie. C’est le cas d’engins lanceurs d’eau, proposés aux sapeurs-pompiers afin de constituer des réserves d’eau supplémentaires dans les secteurs les plus exposés.

Depuis le 26 juillet au soir, l’antenne RAID de Bordeaux apporte également son concours grâce au déploiement d’un drone équipé d’une caméra thermique, permettant de suivre l’évolution du feu depuis les airs et de transmettre en temps réel des renseignements précieux aux autorités chargées de la conduite des opérations. Lors de leur première mission, les opérateurs ont assuré la surveillance d’un secteur sensible situé à proximité de l’aéroport de Mérignac afin de détecter d’éventuels départs de feu ou des sautes d’incendie susceptibles de menacer cette zone. Une seconde mission a ensuite été conduite sur la commune du Temple : en appui d’une autre équipe drone, les policiers du RAID ont contribué à déterminer la ligne de feu, à établir une cartographie des zones parcourues par l’incendie et à confirmer la maîtrise du sinistre sur ce secteur.

Parallèlement aux opérations de secours, les forces de l’ordre poursuivent leur mission de prévention. Plusieurs comportements dangereux sont relevés par les forces de sécurité intérieure malgré le contexte : un individu est surpris en train de fumer en forêt, tandis que deux autres personnes sont interpellées alors qu’elles font un barbecue dans un massif forestier pourtant particulièrement exposé au risque d’incendie.

Une mobilisation qui illustre la complémentarité des forces de sécurité intérieure et des services de secours face à une catastrophe d’une ampleur exceptionnelle.