Chef de section audio au pôle central d'analyses des traces technologiques (PCATT) de la police scientifique, Christophe est intervenu à la suite des attentats du 13 novembre 2015 pour exploiter les enregistrements audio du Bataclan. Dix ans après les attentats, il raconte cette mission minutieuse qui s’est déroulée sur plusieurs mois.
Après avoir obtenu le concours de police scientifique, Christophe rejoint le service national de police scientifique (SNPS) à Écully en février 2009. Au moment des attentats du 13 novembre 2015, il est chef de section audio au pôle central d'analyses des traces technologiques (PCATT).
Sa mobilisation intervient juste après les attentats puis dans les mois qui suivent. Lors d’une perquisition réalisée au domicile d’un des terroristes identifiés, un certain nombre d’objets est découvert, dont des cassettes audio. Commence alors un travail de nettoyage afin de les rendre lisibles pour l’exploitation.
Puis, Christophe procède à l’analyse des vidéos de revendications qui ont été publiées sur Internet. L’objectif : déterminer leur authenticité et leur non-altération. Dans l’année qui suit, une étape clé se joue : la retranscription des enregistrements audio qui ont été faits dans le Bataclan. Christophe réalise ce travail conjointement avec la section traces numériques du laboratoire de la préfecture de police de Paris. Le soir des attentats, nombre de spectateurs ont utilisé leur téléphone portable pour enregistrer le concert de rock. « Avec l’irruption des terroristes, ces téléphones ont été lâchés par leurs propriétaires mais la captation sonore a continué. Nous ne disposons pas d’images mais nous avons les sons », explique-t-il.
Ce travail, qui représente une année d’exploitation, permet aux enquêteurs de reconstituer avec finesse le détail des évènements. Une tâche excessivement minutieuse et dont les données sont exploitées avec une précision extrême.
Parmi le personnel du pôle central d'analyses des traces technologiques, de nombreux agents sont chargés de l'analyse des téléphones portables et des ordinateurs. Les équipes spécialisées en audio restent au laboratoire où ils disposent de leurs logiciels d’analyse. Leur champ de compétences s’étend de l’amélioration acoustique à la comparaison de voix, en passant par la retranscription. « Une grande partie du travail suppose de se méfier de ce qu’on entend, de dépasser notre subjectivité. Pour cela, nous avons des protocoles d’écoute », précise Christophe.
Pour le Bataclan, le chef de section et son équipe réalisent un travail sur la chronologie des faits au travers des évènements sonores, des sons ambiants, et toutes les informations complémentaires contenues dans ceux-ci. Une écoute particulièrement éprouvante : « On a beaucoup lu dans la presse qu’il y avait une forte charge émotionnelle dans ces audios. C’est parfaitement vrai. On ressent les émotions des gens qui sont dans la pièce. C’est difficile à expliquer. On ressent, on entend la surprise, la peur, l’angoisse ». Christophe poursuit : « On vit les évènements avec les personnes, les petits détails, les histoires d’entraide dans la tourmente. Des instants de vie au milieu du chaos ».
Des enregistrements, Christophe reste notamment marqué par le silence imposé par les terroristes. Les téléphones sonnaient sans cesse, reflétant l’angoisse des familles des victimes. Tous ces appels sont restés sans réponse. Dans les audios, de nombreux spectateurs se parlent à eux-mêmes, répétant « je ne veux pas mourir ». Une phrase qui reste gravée dans la mémoire de Christophe : « Ces personnes sont-elles restées en vie ou pas ? » s’interroge-t-il. De ces écoutes, le policier souligne également le décalage entre les paroles des terroristes et les actes qu’ils étaient en train de commettre, un décalage absolu entre le discours ultra politique et la réalité humaine qu’ils tenaient au bout de leurs armes.
« L’audio est un travail de longue haleine. On commence de manière technique, mais au fur et à mesure, le monde qu’on écoute nous pénètre et on se sent de plus en plus lourd », confie Christophe, qui a bénéficié du service de soutien psychologique opérationnel de la police nationale à l’issue.
« Même si nous y avons laissé des plumes, il était primordial de réaliser ce travail d’écoute, nous avons rempli notre mission. J’espère que notre travail a servi à aider les victimes et les enquêteurs », conclut-il.