L'affaire "Human bomb" : retour sur l'intervention du RAID à Neuilly

Le 13 mai 1993, la prise d’otages de la maternelle de Neuilly a marqué l’histoire. 46 heures d’une crise majeure, 21 enfants retenus, un assaillant déterminé. Grâce aux opérateurs du RAID, tous les enfants ont été libérés et l’assaillant a été neutralisé. Retrouvez des témoignages inédits.

Présentateur TV : Pardon pour cette interruption des programmes, mais un événement grave s'est produit aujourd'hui à Neuilly sur Seine.

Journaliste : Une trentaine d'enfants d'une école maternelle de Neuilly sur Seine sont en ce moment même les otages d'un homme armé d'un revolver.

Autre journaliste : Le preneur d'otages exige une somme de 100 millions de francs.

Autre journaliste : L'homme, revolver en main, affirme avoir une bombe.

François Santini, ancien commandant de police au RAID : Quand on a connaissance de cette de cette prise d'otages ou cette alerte au départ, on ne connaît pas encore tous les éléments. Mais on sait que ça se passe dans une école.

Alain Crouzat, père de Florian, l’un des otages : Ce jour-là, quand le téléphone sonne, je suis à mon bureau dans le centre de Paris. C'est ma belle-mère qui m'appelle pour me dire qu'il y avait une prise d'otage et qu'il fallait que je vienne rapidement à l'école.

Vincent Gedeon, ancien capitaine de police au RAID : Et au début, on se dit que c'est plutôt quelque chose qui va être assez banal, assez rapide, un papa qui n'a pas eu la garde de l'enfant, qui ne veut pas bien la rendre et qui donc fait un petit peu de scandale dans l'école maternelle de son enfant pour le récupérer. Moi je n'ai pas du tout d'après les éléments que j’ai, la sensation que ça va être quelque chose de compliqué. Je pense que c'est quelque chose qui va être résolu très rapidement. Je dois avouer que je me suis trompé puisque c'est quelque chose qui a pris trois jours.

Robert Paturel, ancien opérateur du RAID : En tant que papa, je me mets tout de suite à la place des parents et je me dis c'est pas possible, j'espère qu'on va faire quelque chose et assez rapidement, j'espère que ça se passera bien. Et après il y a l'excitation de l'intervention elle-même qui fait que on réfrène un peu les émotions pour être capable d'agir efficacement.

Florian Crouzat, otage d’Human Bomb : A l'époque, j'avais trois quatre ans, j'étais en petite section. Et je me souviens juste du chariot dans le noir qui arrivait pour nous nourrir pendant la prise d'otages. Les personnes qui se sont occupées de nous à ce moment-là ont tout fait pour essayer de minimiser la situation, pour nous permettre de vivre la chose de la manière la plus, la plus simple possible.

Vincent Gedeon, ancien capitaine de police au RAID : En arrivant, la situation est complexe parce que on a affaire à des enfants, 21 enfants qui sont retenus en otage plus l'institutrice.

Robert Paturel, ancien opérateur du RAID : Donc c'est pas très rassurant tout ça. Mais on est là pour ça. Et puis on va faire notre boulot quoi.

Alain Crouzat, père de Florian, l’un des otages : À ce moment-là, c'est plus nous qui sommes les acteurs. On est obligés de subir la situation et de faire confiance aux gens qui vont résoudre ce problème.

Robert Paturel, ancien opérateur du RAID : Et puis les parents nous voyaient, voyaient bien qu'on était des êtres humains. On n'était pas des machines. On n'avait pas l'intention de faire n'importe quoi et on s'auto rassurait un peu les uns les autres. Avec aussi au fur et à mesure, un dispositif qui se durcissait au niveau des effectifs de police qui était plus important dans un hôpital de campagne qui se montait. Donc oui, ça, ça nous donnait au fur à mesure une ampleur du risque qu'on n'appréhende pas dans sa totalité. On ne peut pas imaginer d'ailleurs que ce qu'il y a derrière la porte

RAID : On constate que l'ensemble des 21 enfants qui sont retenus le sont dans une dans une pièce qui est pas très très grande mais qui a deux ouvertures, on met une équipe devant chaque porte.

Ancien opérateur du RAID : Moi je m'équipe tout de suite pour pouvoir me mettre à une des portes parce qu'il y a deux portes. Il y a une porte qui donne sur le couloir, puis une porte qui donne sur une autre classe. Et donc avec deux groupes d'intervention, deux minis groupes d'intervention qui étaient systématiquement devant chaque porte, prêts à intervenir si quelque chose se passait pas bien.

RAID : On commence à bien sûr vouloir essayer de négocier.

Vincent Gedeon, ancien capitaine de police au RAID : Les contacts pris avec HB se font au départ par écrit. C'est pas facile. On essaie de savoir dans un premier temps quelles sont ses intentions et ce qu'il veut faire.

RAID : Et Michel Marie, qui est à l'époque commandant, est un peu spécialiste pour le RAID de la négociation, essaye de prendre attache avec le preneur d'otages, mais c'est compliqué parce que lui, il a pas envie de parler, il ne veut pas parler à chaque fois qu'on lui pose une question, il refuse de répondre et lui donne une feuille avec ses exigences.

Ancien opérateur du RAID : Il glisse des feuilles sous la porte en nous disant « Je vous préviens, si vous faites comme ça, moi je vais faire comme ça. Si vous essayez de rentrer, je déclenche le processus, l'explosion tout de suite. Avec moi, il faut pas jouer. Je suis un artificier, je suis un ancien du génie. Je connais les explosifs, j’ai une arme sur moi. Quoi que vous fassiez, de toute façon, c'est moi qui suis le maître d'œuvre. Tout repose sur moi. C'est moi qui décide ».

RAID : Ce cheminement, il l'a prévu par informatique, parce que c'est à la fois un ancien militaire spécialisé dans les munitions et les armes, mais aussi un informaticien. Il a créé une boîte d'informatique et donc tout savoir en informatique lui a permis de créer des chapitres, directives, des choses qu'il a envie de faire avec un timing qu’il s'est donné. Donc il a dans sa tête un cheminement qui est donc de faire une demande de rançon en échange de la vie des jeunes enfants, des otages.

Ancien opérateur du RAID : Il voulait des sommes absolument monstrueuses. Ça représentait trois grosses malles bleues de voyage.

RAID : Il y avait plusieurs bâtons de dynamite et le sac qui étaient près de la porte de la salle mitoyenne, des explosifs dans l'autre sac près de la porte qui donnait sur le couloir et également encore des bâtons de dynamite dans une sacoche qu'il avait sur la poitrine.

RAID : Il avait une poire de l’homme mort. C'est quelque chose qu'on tient dans la main. À partir du moment où on est tué, on relâche et ça fait détonner l'ensemble des explosifs.

Ancien opérateur du RAID : C'était infernal quoi. Et nous on disait les enfants, quand ils se lèvent, ils sont capables de se prendre les pieds dans les fils, ils sont capables de toucher un bouton.

RAID : Il avait seize pains d'explosifs de 200 grammes, trois kilos 200 de tenter de dynamite de chantier, ce qui est énorme dans un dans un lieu confiné.

Ancien opérateur du RAID : Les artificiers nous ont dit que si ça avait pété, il y a personne qui était vivant. C'était pas possible.

RAID : Les tireurs se mettent en place sur des bâtiments en face de la salle de classe dans l'espoir de peut-être pouvoir, observer déjà ce qui est une chose, renseigner, ce qui est une autre chose et éventuellement à un moment donné, si l'occasion s’en donnait, de pouvoir faire un tir. Malheureusement, le preneur d'otages, qui est loin d'être stupide, c'est un ancien sous officier de l'armée.
Il a pas mal de connaissances en armes et munitions et dessus il fait occulter les vitres de la salle de classe par des dessins d'enfants, ce qui fait que très rapidement tout ce qui est le groupe de tireur d'élite va être gêné dans son action de renseignement.

Père d’un otage : À chaque volonté du preneur d'otages, si on donnait, on répondait à son souhait, il libérait un enfant. C'est comme ça que durant cette première journée, au fur et à mesure, un certain nombre d'enfants ont été libérés.

RAID : Déjà, sur les 20 enfants du départ, beaucoup ont été sauvés, par différents moyens. Il y a eu notamment Monsieur Narboni qui a eu un courage exceptionnel. Alors qu’il n'était pas un professionnel. Il était simple commerçant. Il est rentré dans la classe pour récupérer son enfant et en croisant le regard des autres mamans, en le voyant récupérer son enfant, il s'est dit « Je ne peux pas rester comme ça » et il est retourné chercher un autre otage. Donc il fallait être déjà très courageux pour entrer malgré la pression, malgré les explosifs, récupérer son propre enfant. Mais il est retourné pour récupérer un autre enfant.

Père d’un otage : Quand on appelait des parents parce qu'un enfant venait d'être libéré. On disait : « et c'est quand nous ? » Il y avait la joie de la libération d'un enfant. Mais c'est pas le nôtre. Donc ça, c'était dur, assez dur.
Florian, ancien otage : Maintenant j’ai des enfants. Et c'est vrai que si je me mettais à la place de mes parents, je ne sais pas comment je réagirais, mais en tout cas je serais, je serais très stressé.

Père de Florian : Il a été libéré le soir à 20 h, c'est très compliqué parce qu'on laisse aussi parents derrière nous, puisqu’il restait plus que les six fillettes, on ressent cette joie qu'on a vécue à travers des gens qui partaient avant nous et puis on en laisse derrière. Donc on va passer derrière deux jours dans la joie d'avoir retrouvé, retrouvé Florian. Mais en même temps, dans cette angoisse de savoir comment ça allait se terminer.

RAID : Il ne reste plus que six filles.

RAID : Dans la soirée, du deuxième, deuxième jour, il avait demandé une arme pour se défendre. J'en ai profité pour entrer dans la salle et essayer d'échanger donc une arme, une arme de poing, un Beretta contre la remise de ces explosifs. Bon, et pour gagner du temps, j'ai pris l'arme et je l'ai démontée. J'ai pris mon temps. C'était le but de la manœuvre. C'était de voir un peu avec précision les lieux et comment étaient placés les explosifs et quelle était son attitude, etc. Quand je suis dans la salle, je suis positionné pas très loin de lui, mais il y a un meuble entre lui et moi. Il est sur ses gardes, son déclencheur à la main. Il écoute ce que je lui dis. Mais bon, il n'y a pas de véritable contact. Il a pas voulu se séparer de ses explosifs donc je suis reparti avec l'arme. A la sortie de la salle, donc je confirme la présence de deux sacs avec des explosifs qu'il a déposés devant les deux portes d'accès de la salle.

Ancien opérateur du RAID : Il nous paraît structuré dans la construction de sa prise d'otages. Il est structuré et à côté de ça, il a des failles. Il y a des moments où il part complètement dans le délire. Il avait pris les amphétamines et les amphétamines. Mais les amphétamines, on peut rester éveillé un jour, deux jours, trois jours. Il y a un moment où l'organisme dit stop, tu dors ou tu meurs.

RAID : Il n'avait pas dormi la nuit précédant son action et ça faisait donc trois jours que l'action durait, donc ça faisait quasiment quatre nuits sans sommeil.

Ancien opérateur du RAID : Il est arrivé au point de non-retour et c'est là qu'il a commencé à avoir des hallucinations qui pouvaient s'avérer dangereuses et puis quand on avait une machine comme il avait sur lui, avec un système de mise à feu très compliqué, ça pouvait vraiment devenir une catastrophe. Après, les décisions, ça vient du patron du RAID, on lui dit comment ça se passe, on lui dit ça commence à devenir dangereux. Il commence à être beaucoup moins fiable qu'au début. Le ministre de l'Intérieur dit au RAID, « vous avez carte blanche pour l'intervention quand vous la pensez nécessaire ». Donc le patron du RAID, il décide un moment d'intervenir.

RAID : Par contre, il fallait trouver le bon moment, attendre le moment où il était un peu assoupi de façon à ce que l'entrée se fasse le plus discrètement possible.

Ancien opérateur du RAID : C'est pour ça qu'on a fait venir notre médecin Olivier Lamour qui lui, a donné un somnifère, qu'on a mis dans le café, mais il n'a pas bu le café, il a trempé ses lèvres dedans. Il a dit « Il est dégueulasse le café », il n'a pas bu. Évidemment, ce n'est pas le café qui l'a endormi. Il s'est endormi parce qu'il était au bout du rouleau.

RAID : Lui avait demandé la pose d'une caméra.

Ancien opérateur du RAID : Parce qu'il s'est dit « Vous allez prétexter que les enfants sont maltraités pour intervenir. Donc, mettez une caméra sur les enfants, comme ça les gens verront bien que les enfants ne sont pas maltraités et ça pourra pas justifier une intervention de votre part ».

RAID : ça nous a arrangés, ça permettait d'avoir une vision sur la salle elle-même.

Ancien opérateur du RAID : Et la capitaine des pompiers, donc elle faisait des allers-retours et elle nous disait « Il dort, je crois qu'il dort ». Alors on lui a dit « Si vous voyez qu’il dort vraiment, vous enlevez votre blouse devant la caméra, ce sera le signal pour nous. » Elle retire sa blouse, elle l'entend bouger, donc elle referme la blouse. Et puis elle va le revoir. Et puis là, elle s'aperçoit qu'il dort. Il dort vraiment quoi. Donc un rêve. La blouse et c’est le signal de l'intervention.

RAID : Mon chef de groupe, qui était François Santini, a procédé à l'ouverture de la porte et vérifié qu'il n'y avait pas de piégeage d'explosifs, qu'il y avait des explosifs sur la porte.

RAID : J'ai ouvert la porte mitoyenne. Je me suis assuré qu'il n'y avait pas de fil relié etc. Le sac est mis sur le côté, la porte est ouverte complètement, ça rentre.

Ancien opérateur du RAID : Quand le groupe rentre et qu'on prend les enfants qui sont cachés sous les matelas parce qu’on leur avait dit de jouer à la tortue, la capitaine des pompiers leur avait dit de jouer à la tortue et nous on vire les matelas, les gosses. Daniel Boulanger, qui était le chef de la colonne, me dit « C'est à ce moment-là qu'il ouvre les yeux ». Il me regarde et je prends la décision de tirer parce qu'il avait la main dans le sac. Alors il savait pas s’il mettait la main sur la poire ou pas. Il met le pied sur le bras en même temps qu'il tire.

RAID : L'idée était de faire sortir au plus vite ces jeunes enfants, les éloigner du souffle potentiellement mortel de l'explosif et donc de les mettre en sécurité le plus loin possible.

Ancien opérateur du RAID : Quand on a réussi à sortir les enfants, je me suis dit voilà, tous mes collègues sont sains et saufs. Les otages sont sains et saufs. On a donné le maximum de nous-mêmes pour mettre ces enfants à l'abri.

Père d’un otage : On a écrit bien sûr des mots aux différents intervenants pour les remercier de ce qu'ils avaient fait. On a des éléments et des hommes qui se dévouent pour nous protéger et sortir de situations critiques quand arrivent de tels événements. On les a croisés à un moment d'une étape de notre vie où heureusement l'irréparable n'est pas, ne s'est pas produit et donc on les remercie infiniment et indéfiniment. 

HUMAN BOMB - Retour sur l'intervention du RAID à Neuilly

Présentateur TV : Pardon pour cette interruption des programmes, mais un événement grave s'est produit aujourd'hui à Neuilly sur Seine.

Journaliste : Une trentaine d'enfants d'une école maternelle de Neuilly sur Seine sont en ce moment même les otages d'un homme armé d'un revolver.

Autre journaliste : Le preneur d'otages exige une somme de 100 millions de francs.

Autre journaliste : L'homme, revolver en main, affirme avoir une bombe.

François Santini, ancien commandant de police au RAID : Quand on a connaissance de cette de cette prise d'otages ou cette alerte au départ, on ne connaît pas encore tous les éléments. Mais on sait que ça se passe dans une école.

Alain Crouzat, père de Florian, l’un des otages : Ce jour-là, quand le téléphone sonne, je suis à mon bureau dans le centre de Paris. C'est ma belle-mère qui m'appelle pour me dire qu'il y avait une prise d'otage et qu'il fallait que je vienne rapidement à l'école.

Vincent Gedeon, ancien capitaine de police au RAID : Et au début, on se dit que c'est plutôt quelque chose qui va être assez banal, assez rapide, un papa qui n'a pas eu la garde de l'enfant, qui ne veut pas bien la rendre et qui donc fait un petit peu de scandale dans l'école maternelle de son enfant pour le récupérer. Moi je n'ai pas du tout d'après les éléments que j’ai, la sensation que ça va être quelque chose de compliqué. Je pense que c'est quelque chose qui va être résolu très rapidement. Je dois avouer que je me suis trompé puisque c'est quelque chose qui a pris trois jours.

Robert Paturel, ancien opérateur du RAID : En tant que papa, je me mets tout de suite à la place des parents et je me dis c'est pas possible, j'espère qu'on va faire quelque chose et assez rapidement, j'espère que ça se passera bien. Et après il y a l'excitation de l'intervention elle-même qui fait que on réfrène un peu les émotions pour être capable d'agir efficacement.

Florian Crouzat, otage d’Human Bomb : A l'époque, j'avais trois quatre ans, j'étais en petite section. Et je me souviens juste du chariot dans le noir qui arrivait pour nous nourrir pendant la prise d'otages. Les personnes qui se sont occupées de nous à ce moment-là ont tout fait pour essayer de minimiser la situation, pour nous permettre de vivre la chose de la manière la plus, la plus simple possible.

Vincent Gedeon, ancien capitaine de police au RAID : En arrivant, la situation est complexe parce que on a affaire à des enfants, 21 enfants qui sont retenus en otage plus l'institutrice.

Robert Paturel, ancien opérateur du RAID : Donc c'est pas très rassurant tout ça. Mais on est là pour ça. Et puis on va faire notre boulot quoi.

Alain Crouzat, père de Florian, l’un des otages : À ce moment-là, c'est plus nous qui sommes les acteurs. On est obligés de subir la situation et de faire confiance aux gens qui vont résoudre ce problème.

Robert Paturel, ancien opérateur du RAID : Et puis les parents nous voyaient, voyaient bien qu'on était des êtres humains. On n'était pas des machines. On n'avait pas l'intention de faire n'importe quoi et on s'auto rassurait un peu les uns les autres. Avec aussi au fur et à mesure, un dispositif qui se durcissait au niveau des effectifs de police qui était plus important dans un hôpital de campagne qui se montait. Donc oui, ça, ça nous donnait au fur à mesure une ampleur du risque qu'on n'appréhende pas dans sa totalité. On ne peut pas imaginer d'ailleurs que ce qu'il y a derrière la porte

RAID : On constate que l'ensemble des 21 enfants qui sont retenus le sont dans une dans une pièce qui est pas très très grande mais qui a deux ouvertures, on met une équipe devant chaque porte.

Ancien opérateur du RAID : Moi je m'équipe tout de suite pour pouvoir me mettre à une des portes parce qu'il y a deux portes. Il y a une porte qui donne sur le couloir, puis une porte qui donne sur une autre classe. Et donc avec deux groupes d'intervention, deux minis groupes d'intervention qui étaient systématiquement devant chaque porte, prêts à intervenir si quelque chose se passait pas bien.

RAID : On commence à bien sûr vouloir essayer de négocier.

Vincent Gedeon, ancien capitaine de police au RAID : Les contacts pris avec HB se font au départ par écrit. C'est pas facile. On essaie de savoir dans un premier temps quelles sont ses intentions et ce qu'il veut faire.

RAID : Et Michel Marie, qui est à l'époque commandant, est un peu spécialiste pour le RAID de la négociation, essaye de prendre attache avec le preneur d'otages, mais c'est compliqué parce que lui, il a pas envie de parler, il ne veut pas parler à chaque fois qu'on lui pose une question, il refuse de répondre et lui donne une feuille avec ses exigences.

Ancien opérateur du RAID : Il glisse des feuilles sous la porte en nous disant « Je vous préviens, si vous faites comme ça, moi je vais faire comme ça. Si vous essayez de rentrer, je déclenche le processus, l'explosion tout de suite. Avec moi, il faut pas jouer. Je suis un artificier, je suis un ancien du génie. Je connais les explosifs, j’ai une arme sur moi. Quoi que vous fassiez, de toute façon, c'est moi qui suis le maître d'œuvre. Tout repose sur moi. C'est moi qui décide ».

RAID : Ce cheminement, il l'a prévu par informatique, parce que c'est à la fois un ancien militaire spécialisé dans les munitions et les armes, mais aussi un informaticien. Il a créé une boîte d'informatique et donc tout savoir en informatique lui a permis de créer des chapitres, directives, des choses qu'il a envie de faire avec un timing qu’il s'est donné. Donc il a dans sa tête un cheminement qui est donc de faire une demande de rançon en échange de la vie des jeunes enfants, des otages.

Ancien opérateur du RAID : Il voulait des sommes absolument monstrueuses. Ça représentait trois grosses malles bleues de voyage.

RAID : Il y avait plusieurs bâtons de dynamite et le sac qui étaient près de la porte de la salle mitoyenne, des explosifs dans l'autre sac près de la porte qui donnait sur le couloir et également encore des bâtons de dynamite dans une sacoche qu'il avait sur la poitrine.

RAID : Il avait une poire de l’homme mort. C'est quelque chose qu'on tient dans la main. À partir du moment où on est tué, on relâche et ça fait détonner l'ensemble des explosifs.

Ancien opérateur du RAID : C'était infernal quoi. Et nous on disait les enfants, quand ils se lèvent, ils sont capables de se prendre les pieds dans les fils, ils sont capables de toucher un bouton.

RAID : Il avait seize pains d'explosifs de 200 grammes, trois kilos 200 de tenter de dynamite de chantier, ce qui est énorme dans un dans un lieu confiné.

Ancien opérateur du RAID : Les artificiers nous ont dit que si ça avait pété, il y a personne qui était vivant. C'était pas possible.

RAID : Les tireurs se mettent en place sur des bâtiments en face de la salle de classe dans l'espoir de peut-être pouvoir, observer déjà ce qui est une chose, renseigner, ce qui est une autre chose et éventuellement à un moment donné, si l'occasion s’en donnait, de pouvoir faire un tir. Malheureusement, le preneur d'otages, qui est loin d'être stupide, c'est un ancien sous officier de l'armée.
Il a pas mal de connaissances en armes et munitions et dessus il fait occulter les vitres de la salle de classe par des dessins d'enfants, ce qui fait que très rapidement tout ce qui est le groupe de tireur d'élite va être gêné dans son action de renseignement.

Père d’un otage : À chaque volonté du preneur d'otages, si on donnait, on répondait à son souhait, il libérait un enfant. C'est comme ça que durant cette première journée, au fur et à mesure, un certain nombre d'enfants ont été libérés.

RAID : Déjà, sur les 20 enfants du départ, beaucoup ont été sauvés, par différents moyens. Il y a eu notamment Monsieur Narboni qui a eu un courage exceptionnel. Alors qu’il n'était pas un professionnel. Il était simple commerçant. Il est rentré dans la classe pour récupérer son enfant et en croisant le regard des autres mamans, en le voyant récupérer son enfant, il s'est dit « Je ne peux pas rester comme ça » et il est retourné chercher un autre otage. Donc il fallait être déjà très courageux pour entrer malgré la pression, malgré les explosifs, récupérer son propre enfant. Mais il est retourné pour récupérer un autre enfant.

Père d’un otage : Quand on appelait des parents parce qu'un enfant venait d'être libéré. On disait : « et c'est quand nous ? » Il y avait la joie de la libération d'un enfant. Mais c'est pas le nôtre. Donc ça, c'était dur, assez dur.
Florian, ancien otage : Maintenant j’ai des enfants. Et c'est vrai que si je me mettais à la place de mes parents, je ne sais pas comment je réagirais, mais en tout cas je serais, je serais très stressé.

Père de Florian : Il a été libéré le soir à 20 h, c'est très compliqué parce qu'on laisse aussi parents derrière nous, puisqu’il restait plus que les six fillettes, on ressent cette joie qu'on a vécue à travers des gens qui partaient avant nous et puis on en laisse derrière. Donc on va passer derrière deux jours dans la joie d'avoir retrouvé, retrouvé Florian. Mais en même temps, dans cette angoisse de savoir comment ça allait se terminer.

RAID : Il ne reste plus que six filles.

RAID : Dans la soirée, du deuxième, deuxième jour, il avait demandé une arme pour se défendre. J'en ai profité pour entrer dans la salle et essayer d'échanger donc une arme, une arme de poing, un Beretta contre la remise de ces explosifs. Bon, et pour gagner du temps, j'ai pris l'arme et je l'ai démontée. J'ai pris mon temps. C'était le but de la manœuvre. C'était de voir un peu avec précision les lieux et comment étaient placés les explosifs et quelle était son attitude, etc. Quand je suis dans la salle, je suis positionné pas très loin de lui, mais il y a un meuble entre lui et moi. Il est sur ses gardes, son déclencheur à la main. Il écoute ce que je lui dis. Mais bon, il n'y a pas de véritable contact. Il a pas voulu se séparer de ses explosifs donc je suis reparti avec l'arme. A la sortie de la salle, donc je confirme la présence de deux sacs avec des explosifs qu'il a déposés devant les deux portes d'accès de la salle.

Ancien opérateur du RAID : Il nous paraît structuré dans la construction de sa prise d'otages. Il est structuré et à côté de ça, il a des failles. Il y a des moments où il part complètement dans le délire. Il avait pris les amphétamines et les amphétamines. Mais les amphétamines, on peut rester éveillé un jour, deux jours, trois jours. Il y a un moment où l'organisme dit stop, tu dors ou tu meurs.

RAID : Il n'avait pas dormi la nuit précédant son action et ça faisait donc trois jours que l'action durait, donc ça faisait quasiment quatre nuits sans sommeil.

Ancien opérateur du RAID : Il est arrivé au point de non-retour et c'est là qu'il a commencé à avoir des hallucinations qui pouvaient s'avérer dangereuses et puis quand on avait une machine comme il avait sur lui, avec un système de mise à feu très compliqué, ça pouvait vraiment devenir une catastrophe. Après, les décisions, ça vient du patron du RAID, on lui dit comment ça se passe, on lui dit ça commence à devenir dangereux. Il commence à être beaucoup moins fiable qu'au début. Le ministre de l'Intérieur dit au RAID, « vous avez carte blanche pour l'intervention quand vous la pensez nécessaire ». Donc le patron du RAID, il décide un moment d'intervenir.

RAID : Par contre, il fallait trouver le bon moment, attendre le moment où il était un peu assoupi de façon à ce que l'entrée se fasse le plus discrètement possible.

Ancien opérateur du RAID : C'est pour ça qu'on a fait venir notre médecin Olivier Lamour qui lui, a donné un somnifère, qu'on a mis dans le café, mais il n'a pas bu le café, il a trempé ses lèvres dedans. Il a dit « Il est dégueulasse le café », il n'a pas bu. Évidemment, ce n'est pas le café qui l'a endormi. Il s'est endormi parce qu'il était au bout du rouleau.

RAID : Lui avait demandé la pose d'une caméra.

Ancien opérateur du RAID : Parce qu'il s'est dit « Vous allez prétexter que les enfants sont maltraités pour intervenir. Donc, mettez une caméra sur les enfants, comme ça les gens verront bien que les enfants ne sont pas maltraités et ça pourra pas justifier une intervention de votre part ».

RAID : ça nous a arrangés, ça permettait d'avoir une vision sur la salle elle-même.

Ancien opérateur du RAID : Et la capitaine des pompiers, donc elle faisait des allers-retours et elle nous disait « Il dort, je crois qu'il dort ». Alors on lui a dit « Si vous voyez qu’il dort vraiment, vous enlevez votre blouse devant la caméra, ce sera le signal pour nous. » Elle retire sa blouse, elle l'entend bouger, donc elle referme la blouse. Et puis elle va le revoir. Et puis là, elle s'aperçoit qu'il dort. Il dort vraiment quoi. Donc un rêve. La blouse et c’est le signal de l'intervention.

RAID : Mon chef de groupe, qui était François Santini, a procédé à l'ouverture de la porte et vérifié qu'il n'y avait pas de piégeage d'explosifs, qu'il y avait des explosifs sur la porte.

RAID : J'ai ouvert la porte mitoyenne. Je me suis assuré qu'il n'y avait pas de fil relié etc. Le sac est mis sur le côté, la porte est ouverte complètement, ça rentre.

Ancien opérateur du RAID : Quand le groupe rentre et qu'on prend les enfants qui sont cachés sous les matelas parce qu’on leur avait dit de jouer à la tortue, la capitaine des pompiers leur avait dit de jouer à la tortue et nous on vire les matelas, les gosses. Daniel Boulanger, qui était le chef de la colonne, me dit « C'est à ce moment-là qu'il ouvre les yeux ». Il me regarde et je prends la décision de tirer parce qu'il avait la main dans le sac. Alors il savait pas s’il mettait la main sur la poire ou pas. Il met le pied sur le bras en même temps qu'il tire.

RAID : L'idée était de faire sortir au plus vite ces jeunes enfants, les éloigner du souffle potentiellement mortel de l'explosif et donc de les mettre en sécurité le plus loin possible.

Ancien opérateur du RAID : Quand on a réussi à sortir les enfants, je me suis dit voilà, tous mes collègues sont sains et saufs. Les otages sont sains et saufs. On a donné le maximum de nous-mêmes pour mettre ces enfants à l'abri.

Père d’un otage : On a écrit bien sûr des mots aux différents intervenants pour les remercier de ce qu'ils avaient fait. On a des éléments et des hommes qui se dévouent pour nous protéger et sortir de situations critiques quand arrivent de tels événements. On les a croisés à un moment d'une étape de notre vie où heureusement l'irréparable n'est pas, ne s'est pas produit et donc on les remercie infiniment et indéfiniment.