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Le 26 juillet 2016, la ville normande était touchée par un attentat terroriste au cœur de son église. Le prêtre Jacques Hamel y perdait la vie et un paroissien était grièvement blessé. La police nationale se mobilisait immédiatement pour neutraliser les assaillants. Deux policiers témoignent de leur engagement lors de cette journée marquante.
Anne, au cœur du centre d’information et de commandement
En juillet 2016, Anne, capitaine de police, occupait le poste de chef du centre d'information et de commandement (CIC) de Rouen (Seine-Maritime). Ce pôle est au cœur de la sécurité du quotidien : 24h/24, les opérateurs y reçoivent les appels d'urgence, analysent la situation et coordonnent l'intervention des patrouilles sur le terrain en temps réel. « Mon rôle consistait à assurer le suivi des interventions en cours. En cas d'intervention sur un événement majeur tel que celui du 16 juillet 2016, mon rôle était de faire remonter l'information aux autorités, d'analyser la situation pour mettre en place les procédures prévues à l'occasion d'un événement de cette gravité ».
C’est le chef de la salle du CIC qui l’informe de l’attaque terroriste qui a lieu dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray. « Le centre d'information et de commandement a été engagé immédiatement et a d'ailleurs été à l'origine de la gestion de l'événement. Tout a commencé par la réception d’un appel 17 d'un employé EDF qui se trouvait en présence d'une religieuse qui avait réussi à prendre la fuite de l'église dans laquelle se trouvaient les deux terroristes. Ces derniers avaient assassiné le prêtre Hamel et maintenaient des personnes en otages ».
De cette journée marquante, Anne se souvient de différentes émotions qui ont rythmé ses missions : « La sidération dans un premier temps, puis un effet « lessiveuse » dans laquelle vous êtes ensuite emportée dans la gestion de la crise. Enfin, j’ai ressenti une grande fatigue après tous ces événements, une fois que la pression est retombée... Je tiens à saluer le grand professionnalisme des opérateurs dans cette gestion de crise ».
Grégory Arlaud, le double engagement de la police judiciaire
Grégory Arlaud, commissaire de police, était affecté au service régional de police judiciaire (SRPJ) de Rouen. À la tête des divisions d’enquêtes chargées de lutter contre la criminalité organisée (homicides, braquages, trafics de stupéfiants, escroqueries…) depuis six mois, il commence une journée en apparence calme, occupée au traitement des enquêtes en cours. C’est alors qu’un officier lui annonce d’un air grave : « Grégory, c’est notre tour ». Le commissaire repense à l’attentat de Nice, survenu quelques jours plus tôt. L’officier avait l’habitude d’allumer la radio de ses collègues du commissariat lorsqu’il entendait plusieurs véhicules quitter l’hôtel de police rapidement. « Il a écouté les premiers comptes-rendus sur la situation et a compris immédiatement que nous vivions un attentat », précise Grégory Arlaud.
Les policiers se rendent immédiatement sur place alors que la prise d’otage est toujours en cours. « Tous les réflexes se sont mis en route. La police judiciaire est une machine organisée pour donner rapidement des missions à chacun et débuter son métier d’enquête dès les premières minutes », explique le commissaire. La BRI (brigade de recherche et d’intervention) de Rouen intègre le dispositif de police (constitué de policiers de la BAC, de police secours…) et pilote l’intervention dans l’église et la neutralisation des terroristes.
Sur le volet de l’enquête, les policiers présents sont rapidement mobilisés, de même que ceux qui se manifestent pour revenir de congés. En tant que chef, le commissaire organise le travail, confie des missions claires, rend compte aux autorités et à l’autorité judiciaire mais aussi rassure ses interlocuteurs. « Après l’assaut, et avant de pouvoir entrer dans l’église en cours de déminage, la pression montait doucement, même chez les enquêteurs les plus aguerris. Le briefing a été le moment clé pour désamorcer la tension : exposer les éléments déjà recueillis, comprendre la scène d’attentat, et surtout, se libérer de la charge émotionnelle. Nous nous sommes concentrés sur l’essentiel : identifier les terroristes, retracer leur parcours et s’assurer qu’aucun autre attentat n’était en préparation ».
Passé ces premières heures de forte intensité, les services spécialisés nationaux et notamment la sous-direction antiterroriste prennent le relais et animent l’enquête au cours de laquelle les enquêteurs rouennais continuent à être pleinement investis jours et nuits. « Ce que je retiens aujourd’hui, c’est la solidarité qui a uni tous les policiers engagés et tous les services présents sur place, mais surtout le courage des premiers intervenants dans l’église face aux terroristes, ceux qui n’avaient qu’un seul objectif : la protection d’autrui malgré le danger présent face à eux », conclut le commissaire.