De cadre dans la santé à gardien de la paix : une reconversion professionnelle réussie dans la police nationale

Salaire confortable, carrière toute tracée, poste de direction… Rien ne prédestinait Éric, ancien cadre dans le secteur du diagnostic médical, à reprendre le chemin de l’école à 38 ans. Pourtant, en passant le concours de gardien de la paix, il a choisi de donner un nouveau sens à sa vie professionnelle. Son parcours illustre les opportunités de reconversion professionnelle offertes par la police nationale à celles et ceux qui souhaitent s’engager au service des autres.

« Je me suis dit qu’il était temps de saisir cette chance et de concrétiser enfin ce rêve qui m’accompagnait depuis toujours. »

Éric, élève gardien de la paix

Pourquoi quitter une carrière toute tracée pour devenir gardien de la paix à 38 ans ? Entre rêve d'enfance, retour à la vie d'étudiant et première mission opérationnelle lors du G7 d'Évian-les-Bains (74), Éric se confie sur sa reconversion professionnelle qui a profondément changé sa vie.

« Si c’était à refaire, je referais ce choix sans hésiter. Cette reconversion a donné un nouveau sens à ma vie et je suis convaincu d’avoir trouvé ma place. »

Éric, élève gardien de la paix

Avant d'intégrer la police nationale, vous meniez une carrière réussie dans l'industrie médicale. Pouvez-vous nous présenter votre parcours et nous expliquer ce qui vous a poussé à tout quitter pour devenir gardien de la paix ?

J’ai débuté ma carrière professionnelle à l’âge de 22 ans dans les laboratoires d’analyses médicales. J’y ai d’abord exercé en tant que technicien de laboratoire, puis technicien conseil formateur, avant d’évoluer progressivement vers des postes à responsabilités : ingénieur SAV, ingénieur d’application, puis ingénieur commercial.

J’ai terminé mon parcours en tant que chef produit en hématologie France pour une société mondialement reconnue, avec la responsabilité d’un portefeuille de clients représentant plus de 16 millions d’euros.

Ma carrière était en constante évolution. Ma direction me faisait pleinement confiance, elle ne souhaitait pas me voir partir et mon travail, comme mes résultats commerciaux, étaient reconnus de tous.

Le déclic est venu avec la naissance de ma fille, en 2024. Je souhaite la rendre aussi fière de moi que je le suis de mes parents pour leur courage. Je veux qu’elle mesure la chance de vivre dans un pays protecteur et juste. C’est ce qui m’a poussé à donner un nouveau sens à ma vie professionnelle en réalisant ce rêve d’enfance de devenir gardien de la paix.

 

Vous évoquez un rêve d'enfance, pourquoi ce projet de devenir policier a-t-il mis autant de temps à se concrétiser ?

Ce rêve me vient de ma famille. Mes grands-parents sont arrivés à 40 ans en France avec mes parents tout juste âgés de 14 et 17 ans. Réfugiés politiques cubains, ils m’ont inculqué, depuis ma naissance, le respect, les valeurs de la France, ce pays qui les a recueillis quand ils étaient au plus mal et qui leur a tout offert.

Cette fierté d’être Français a toujours été présente au sein de ma famille et j’ai depuis tout petit voulu incarner les valeurs de la République, porter les couleurs de la police, représenter cette protection qui nous a été offerte par ce pays et la rendre à ma façon.

Depuis toujours, ce rêve m’accompagne. Cependant, je ne me sentais peut-être pas prêt, trop jeune, trop immature, avec une certaine crainte de décevoir en échouant au concours ou en n’étant simplement pas à la hauteur.

Et puis, en 2024, lorsque la limite d’âge pour s’inscrire aux concours de gardien de la paix a été repoussée à 45 ans, j’y ai vu une véritable opportunité. Je me suis dit qu’il était temps de saisir cette chance et de concrétiser enfin ce rêve qui m’accompagnait depuis toujours.

Quitter un poste à responsabilités, un salaire confortable et des conditions de travail enviées pour reprendre une formation à 38 ans n'est pas une décision anodine.

 

Quelles étaient vos principales craintes et qu'est-ce qui vous a convaincu de franchir le pas ?

La peur de l’inconnu, bien sûr. Quitter une situation stable, un salaire très confortable et des conditions de travail enviables pour intégrer une école exigeante, avec le risque de ne pas aller au bout de la formation, a été une décision difficile. La scolarité étant sélective et soumise à des contrôles réguliers, l’incertitude était bien réelle.

Je ne vous cache pas que je bénéficiais d’une voiture de fonction haut de gamme et d’un salaire mensuel pouvant dépasser les cinq chiffres avec les primes… Pourtant, cela ne m’a jamais fait hésiter. J’ai choisi d’écouter mon cœur et de suivre mon rêve malgré les sacrifices.

Nous n’avons qu’une seule vie. J’ai donc décidé de la consacrer à la police nationale, à mon pays et aux autres, avec l’envie de me lever chaque matin en ayant pour objectif de permettre à chacun de se sentir en sécurité. 

 

Vous êtes passé du statut de cadre à celui d'élève gardien de la paix. Comment avez-vous vécu cette transition et qu'est-ce qui a été le plus marquant dans ce changement de vie ?

Ce changement a nécessité une réelle capacité d’adaptation. Après plus de 15 ans de carrière, j’ai dû réapprendre à être élève. Je me suis retrouvé entouré de jeunes recrues et j’ai dû retrouver une posture d’apprentissage, faite d’écoute et de remise en question.

L’aspect hiérarchique a sans doute été le plus marquant. Dans le secteur privé, j’avais l’habitude d’exprimer mes idées et d’être force de proposition. En école, un ordre est un ordre : nous sommes là pour apprendre, ce qui demande une grande capacité d’adaptation et beaucoup d’humilité.

C’est une nouveauté pour moi, mais je m’efforce chaque jour de progresser et d’accepter pleinement cette position, avec un seul objectif : devenir le meilleur policier possible.

 

Comment vivez-vous votre formation en école de police, tant dans votre quotidien que dans vos relations avec les autres élèves ?

Ce n’est pas simple, cependant j’ai la chance de bénéficier d’une formation en externat. Je me lève très tôt, je rentre vers 18 heures, puis je m’occupe de ma fille. Je commence ensuite mes révisions vers 21 heures jusqu’à 23 heures, afin de dormir environ six heures. C’est un rythme exigeant, mais pleinement assumé.

Je dois redevenir étudiant : apprendre, réviser et m’organiser différemment. Je n’ai plus de responsabilités managériales ni des centaines d’appels et d’e-mails à gérer. Aujourd’hui, je me consacre à 200 % à ma formation, qui se déroule d’ailleurs très bien.

On me surnomme parfois « le papa de la section ». J’essaie d’être bienveillant et de partager mon expérience avec les autres.

 

Vous participez actuellement à une mission de renfort dans le cadre du G7 à Évian-les-Bains (74). Que représente pour vous cette première expérience opérationnelle sous l'uniforme ?

Je suis très heureux de participer à un tel événement, d’autant plus qu’il s’agit de ma toute première mission d’envergure. Porter l’uniforme pour assurer la sécurité d’autorités mondiales, du Président de la République et des délégations étrangères est un immense honneur.

Cette expérience ne fait que confirmer mon engagement et mon choix de reconversion professionnelle. Aujourd’hui, je ne me vois plus retourner dans le secteur privé.

 

Avec le recul, que vous apporte cette reconversion professionnelle ?

La passion ! Ne plus regarder l’heure, et même être déçu de terminer sa journée tant on se sent épanoui. Ce n’est pas une simple reconversion, c’est une nouvelle vie. Je découvre un métier qui me passionne, mais aussi une nouvelle famille.

Aujourd’hui, ce qui me rend le plus fier, c’est de savoir que je serai toujours présent pour aider et protéger les autres. Passer d’enfant issu de l’immigration cubaine à policier chargé de protéger son pays est, pour moi, un honneur inestimable. J’espère également rendre fier mon grand-père, qui me regarde sans doute de là-haut.

Si c’était à refaire, je referais ce choix sans hésiter. Cette reconversion a donné un nouveau sens à ma vie et je suis convaincu d’avoir trouvé ma place.

 

Quel message souhaiteriez-vous adresser aux personnes qui hésitent à se lancer dans un nouveau projet de vie ?

La vie est trop courte pour ne pas suivre ses rêves. Vivez-les pleinement, aimez avec passion, soyez fiers de ce que représente la famille police et n’hésitez pas à vous engager dans ce qui est, selon moi, le plus beau métier du monde.

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