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2025 marque les 40 ans de la création de la sous-direction de la police technique et scientifique, une étape cruciale dans la modernisation de la police scientifique. Ses experts sont au cœur de l’innovation et de la manifestation de la vérité pour aider les enquêteurs à résoudre des affaires variées. Entretien avec Estelle Davet, cheffe du service national de la police scientifique (SNPS) depuis le 30 juin 2025.
La police scientifique est un service riche de différentes expertises. Quelle est sa composition et comment sont répartis ses effectifs ?
La police scientifique représente une force de près de 4 000 agents déployés sur l’ensemble du territoire.
Le service national de la police scientifique (SNPS) a en charge le pilotage de la filière scientifique. Son siège est implanté à Écully, dans le Rhône (69). Personnels scientifiques, policiers actifs, administratifs, contractuels… Il est composé de près de 1 200 agents. Parmi eux, 784 personnels sont répartis dans les 5 laboratoires (Lyon, Marseille, Toulouse, Lille et Paris) et 359 sont localisés au siège. Les experts réalisent des analyses dans différents domaines : données numériques, données sonores, identifications de produits stupéfiants, toxicologie médico-légale, toxicologie sécurité routière, analyse phanère (ongles, cheveux, poils), empreintes génétiques, imagerie 3D, analyse physico-chimique, analyse de documents et écritures, incendies, balistique, odorologie, résidus de tir, empreintes papillaires… Nombre d’entre eux appartiennent à des unités opérationnelles projetables 24h/24, en France ou à l’étranger.
Les séries télévisées ont parfois tendance à véhiculer l’idée que les agents qui effectuent les prélèvements sur les scènes d’infraction ou de crimes sont également ceux qui enquêtent. En réalité, ces deux pans sont séparés.
Quelles dates ont marqué l’histoire de la police scientifique et pour quelles raisons ?
Partenaire essentiel de l'enquête, la police scientifique est une discipline qui est très en lien avec l'actualité. C’est au fil des avancées technologiques, de décisions politiques et d’affaires criminelles majeures qu’elle s’est structurée et professionnalisée.
De nombreuses dates clés jalonnent son histoire. En 1985, la sous-direction de la police technique et scientifique est créée, par arrêté du ministre de l’Intérieur Pierre Joxe, à la suite du rapport de Jacques Genthial, faisant un constat alarmant de la situation de la police scientifique en France. Ce service appartenait alors à la direction centrale de la police judiciaire (devenue « direction nationale de la police judiciaire »).
Entre 1984 et 1987, Paris est le théâtre d’une série de meurtres de femmes âgées. Suite à l’identification du meurtrier, Thierry Paulin, qui aurait pu intervenir plus tôt dans son parcours meurtrier si un outil de centralisation des traces papillaires avait existé, le fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) est créé le 8 avril 1987.
En octobre 1995, le ministre de l’Intérieur Jean-Louis Debré crée la police technique de proximité, étendant l’usage de la police scientifique à la délinquance du quotidien : cambriolages, vols de véhicules...
En parallèle, différentes affaires conduisent à la structuration de la police scientifique. Une vague d’attentats terroristes islamistes sévit en 1995, ce qui aboutit à la création de l’UNI (unité nationale d’intervention) de la police technique et scientifique, qui intervient auprès de la sous-direction anti-terroriste. En 1992 survient le crash du Mont Saint-Odile avec de très nombreuses victimes à identifier. C’est dans cette continuité qu’est créée en 1998 l’unité police d'identification des victimes de catastrophes (UPIVC), qui a été mobilisée à de nombreuses reprises en France comme à l’étranger : la catastrophe du tunnel du Mont-Blanc en 1999, les fosses communes au Kosovo… Suite à l’affaire Guy George, le fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) est rendu opérationnel en 2000. Ce fichier devient un outil majeur des enquêtes judiciaires.
Lors de l’intervention de la police scientifique dans le tunnel incendié du Mont-Blanc, des personnels avaient été intoxiqués. C’est pourquoi, l’unité de la police nationale spécialisée dans la constatation en milieu toxique (CONSTOX) est fondée en 2009. Composée d’enquêteurs et de policiers scientifiques, elle permet de couvrir des scènes potentiellement contaminées NRBC (nucléaire, radiologique, biologique ou chimique) qui pourraient mettre en danger les personnels et la population.
Comment s’articulent les projets de recherche en France ? Quels liens le SNPS entretient-il avec les polices scientifiques du monde entier ?
La police scientifique est en lien étroit avec la recherche française et étrangère. Elle est membre de l’ENFSI, un réseau européen qui favorise la collaboration et l'échange d'expertises entre 71 services de police scientifique et qui élabore des manuels de bonnes pratiques, définit des standards communs et assure un retour d'expérience continu entre ses membres. Elle échange également régulièrement avec le FBI sur la thématique de la généalogie génétique d’investigation ainsi qu'avec INTERPOL.
La coopération internationale est une dimension fondamentale de la police scientifique française. Des policiers français ont participé à l’identification des victimes de la catastrophe de Crans-Montana, survenue le 31 décembre dernier.
Tout au long de l’année, la police scientifique exporte son savoir-faire technique lors de formations dispensées à des polices étrangères.
Quels sont les défis de la police scientifique de demain ?
La police scientifique est en perpétuelle réinvention. Parmi les nombreux défis figure l’intelligence artificielle qui peut contribuer à faciliter les analyses. L’IA peut également nous préoccuper et constituer un objet d’étude à part entière. Dans le cas de deepfakes*, de supports audios ou vidéos, comment distinguer le vrai du faux ? Le laboratoire central de criminalistique numérique pilote un projet de recherche à ce sujet.
Ce qu’il faut retenir, c’est que quand bien même les avancées technologiques apportent une plus-value à nos travaux d’analyse, l’humain reste indispensable.
* Les deepfakes sont des contenus photos, vidéos ou audios qui sont réalisés ou modifiés grâce à l'intelligence artificielle.
Le SNPS en quelques chiffres
En 2025 :
- 177 538 prélèvements biologiques ont été effectués sur des scènes d’infraction ;
- 54 222 traces papillaires ont été révélées sur des scènes d’infraction ;
- 161 659 dossiers ont été traités en laboratoire ;
- 303 790 scellés ont été analysés ;
- 5 943 rapprochements entre la France et l’international avec le fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) ont été effectués ;
- 1 019 rapprochements entre la France et l’international avec le fichier automatisé des empreintes digitales (FAED).